Dermatologie parasitaire du chien

             
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Demodex canis
 

Demodex cornei
(D. spp. forme courte)
 

Demodex injai
(D. spp. forme longue)
 

 

"demodex"

Eléments de taxonomie

Embranchement des ARTHROPODES
Classe des ARACHNIDES
Ordre des ACARIENS
Famille des DEMODECIDES
 

 

Biologie du parasite

puce Habitat
 

Le chien est fréquemment parasité par des Demodex, sans que ceux-ci ne soient responsables d’une démodécie clinique

Localisation préférentielle dans les régions cutanées humides et à tendance séborrhéique (y compris les espaces interdigités et le conduit auditif externe), mais pas seulement : toute zone corporelle peut être colonisée par des Demodex
 

® D. canis et D. injai ("forme longue")

 

Parasites permanents et profonds, vivant essentiellement dans les follicules pileux du chien (accessoirement dans les glandes sébacées et sudoripares apocrines)
 

® D. cornei ("forme courte")

 

Parasite permanent et superficiel, vivant dans la couche cornée épidermique du chien
 

 
puce Nutrition

Histophagie (sébum, squames, cellules cutanées vivantes)

 
puce Reproduction
 

Durée du cycle : 8 à 14 jours

Cycle de Demodex canis :


 

Maladie parasitaire

Æ demodecie, demodicose, demodexose
Æ pyodemodecie
Æ otodemodecie
Æ pododemodecie

 
 
 
puce Epidémiologie

® Spécificité

Spécifique du chien

® Répartition géographique

Cosmopolite

® Caractère saisonnier

Aucun

® Prévalence / incidence

Dermatose parasitaire fréquente, probablement sous-estimée
2 à 3% des consultations de dermatologie

® Facteurs de réceptivité

Environ la moitié des chiens adultes porteurs sains de Demodex dans leurs follicules pileux.

Apparition d’une démodécie clinique liée à l’existence de facteurs prédisposants qui favorisent directement (création de conditions favorables au niveau de l’écosystème cutané) ou indirectement (dépression du système immunitaire) la multiplication des parasites :
 

   Facteurs intrinsèques

-chiens de race pure (West Highland Withe Terrier, Cocker, Berger Allemand, Shar pei, Labrador, Teckel, Cavalier King Charles, Beagle, Dalmatien, Doberman, …), avec de nombreuses particularités raciales
-poils ras et peau séborrhéique
-prédisposition génétique de certaines lignées (déficience fonctionnelle de la réponse immunitaire spécifique cellulaire, essentiellement des lymphocytes T)
-jeunes chiens (quelques mois à 2-3 ans) dans 80% des cas
-parfois chiens âgés (plus de 8 ans)
-oestrus, mise bas, lactation, maladie intercurrente (hypothyroïdie, syndrome de Cushing spontané ou iatrogène, diabète sucré, maladies auto-immunes)

   Facteurs extrinsèques

-mauvaise hygiène cutanée, humidité, irritations cutanées
-stress d’élevage
-erreurs alimentaires (excès de lipides, carences en vitamines B, A, E)
-traitement immuno-suppresseur (glucocorticoïdes, chimiothérapie, …)

® Résistance dans le mileu extérieur

Aucune

® Modes de contamination

Transmission par contacts étroits entre une chienne malade ou porteur sain et ses chiots dans les trois premiers jours de vie, ou entre chiots d’une même portée

® Contagiosité

Non contagieux au-delà de l’âge de trois jours

® Caractère zoonosique

Aucun

puce Pathogénie

Rôle pathogène des Demodex résultant de l’association de plusieurs mécanismes d’action (encore peu connus), à l’origine des différentes formes cliniques de démodécie :
-action mécanique et irritative (présence, multiplication, mouvements et nutrition des parasites dans le follicule pileux)
-action antigénique à l’origine de phénomènes immunopathologiques variés et complexes
-action immunosuppressive (substances humorales d’origine parasitaire à action sur les populations de lymphocytes T du chien parasité) qui favorise les infections

puce Symptômes et évolution

Durée d’incubation inconnue, très variable

Diverses formes de démodécie, de tableau clinique et de pronostic très différents, dont l’apparition est conditionnée :
-par l’espèce du parasite en cause
-par les facteurs prédisposants intrinsèques et extrinsèques
-par les mécanismes pathogéniques mis en jeu

® Démdécie à Demodex canis

Plusieurs dichotomies envisageables :
-démodécie juvénile / démodécie de l’adulte
-démodécie localisée / démodécie généralisée
-démodécie sèche / démodécie compliquée (pyodémodécie)
 

   Démodécie sèche localisée (démodécie nummulaire)

Animaux préférentiellement atteints

Chiots et jeunes adultes (3 mois à 1 an), à poils ras

Clinique

Lésions érythémateuses et alopéciques circonscrites (à « l’emporte-pièce ») :
-peu étendues et peu nombreuses (moins de 5 ou 6)
-localisées en région péri-oculaire (« lunettes démodéciques » ou « blépharite démodécique » caractéristiques mais non pathognomoniques), autour des babines (chéilite), sur le menton, à l’intérieur des plis de la face, sur les membres antérieurs et l’encolure, ou sur toute zone corporelle humide et riche en glandes sébacées.
Squames pityriasiformes agglutinées par du sébum, comédons
Parfois hyperpigmentation cutanée (couleur ardoise caractéristique) et manchons pilaires
Parfois forme nodulaire (fréquente chez le Bouledogue anglais)
Etat général non altéré, prurit absent en général


Lésions nummulaires alopéciques sur la face ventrale du thorax et sur un membre thoracique
(photo D. Pin, dermatologie, ENVL)

Pronostic

Pronostic généralement favorable sauf en cas de localisation sur les membres (évolution quasi-systématique vers la pododémodécie)
Evolution fréquente vers la guérison sans traitement (dans 50 à 90% des cas) en quelques semaines à quelques mois, rares rechutes après guérison
Généralisation rare (dans 10% des cas)
Complications infectieuses exceptionnelles
 

   Otodémodécie (otite démodécique, démodécie du pavillon auriculaire et/ou du conduit auditif externe)

Animaux préférentiellement atteints

Plutôt les jeunes adultes
Forme fréquente chez les Mâtins de Naples

Clinique

Otite érythémato-cérumineuse chronique, souvent bilatérale, non prurigineuse (si pas de surinfections bactériennes)
Cérumen cireux, jaunâtre à brun
Fréquemment associée aux autres types de lésions de démodécie sèche ou compliquée
Parfois la seule manifestation d’une démodécie localisée

Pronostic

Favorable avec un traitement adapté en cas de démodécie sèche localisée
Réservé en cas de surinfections bactériennes et/ou de démodécie généralisée
 

   Pododémodécie


Lésions graves de pododémodécie : forme suppurée
(photo D. Pin, dermatologie, ENVL)

Animaux préférentiellement atteints

Animaux de tous âges

Clinique

Lésions localisées aux extrémités d’un ou plusieurs membres (espaces interdigités) :
-souvent des séquelles de démodécie généralisée
-atteinte isolée rare
Autres localisations lésionnelles fréquemment associées
Lésions de démodécie sèche (érythème, alopécie, séborrhée) puis évolution rapide vers la forme suppurée (furonculose, cellulite, douleur)
Passage fréquent à la chronicité, boiteries, adénomégalie satellite, prurit intense persistant
Etat général non altéré

Pronostic

Pronostic réservé même avec un traitement adapté, guérison très difficile, rechutes fréquentes

 

Quelques particularités raciales :
-West Highland Withe Terrier, Dobermann, Teckel : atteintes péri-unguéales multiples, lésions très tuméfiées, érythémateuses et douloureuses
-Dobermann et Shar Peï : lésions érythémato-squameuses des espaces interdigitées et des palmures plantaires
-West Highland Withe Terrier et Scottish Terrier : lésions digitales ulcéro-nécrotiques fréquentes lors de surinfections bactériennes

 

   Démodécie sèche généralisée

Animaux préférentiellement atteints

Jeunes adultes de moins de 2-3 ans : « démodécie juvénile », qui fait souvent suite à l’extension d’une forme localisée qui n’a pas guéri (traitement absent ou inefficace)
Parfois chiens de plus de 8 ans : démodécie de l’adulte, qui apparaît souvent d’emblée

Clinique

Mêmes lésions cutanées que dans la démodécie sèche localisée (érythème, squamosis, manchons pilaires, hyperpigmentation, comédons) mais :
-plus nombreuses (au moins 5 zones distinctes ou au moins 2 extrémités podales)
-plus étendues, réparties soit sur une ou plusieurs régions corporelles soit sur l’ensemble du corps
Séborrhée importante intéressant tout le corps, à l’origine d’une mauvaise odeur persistante et d’un aspect luisant et gras du pelage
Tête et/ou faces latérales du corps et membres atteints en premier puis extension très rapide à quasiment tout le corps (abdomen peu fréquemment atteint)
Parfois prurit faible
Etat général plus ou moins altéré


Comédons lors de forme sèche généralisée
(photo D. Pin, dermatologie, ENVL)


Forme sèche généralisée chez un jeune chien
(photo G. Bourdoiseau, parasitologie ENVL)

Quelques particularités raciales :
-Scottish Terrier et West Highland Withe Terrier : forme kératoséborrhéique chronique (squamosis pityriasiforme) non alopécique
-Berger des Pyrénées, Yorkshire Terrier , Carlin et West Highland Withe Terrier  : forme comédonneuse, plus ou moins alopécique
-Bobtail et Lévrier Aghan : état kératoséborrhéique sévère avec prurit, nombreux manchons pilaires, alopécie rare
-Yorkshire Terrier : macules hyperpigmentés multiples

Pronostic

Pronostic réservé
Evolution fréquente vers la forme compliquée
 

   Démodécie compliquée généralisée (démodécie suppurée généralisée, pyodémodécie)

Résulte de complications bactériennes d’une démodécie sèche généralisée

Animaux préférentiellement atteints

Les mêmes animaux que ceux atteints de démodécie sèche généralisée

Clinique


Chiot Doberman atteint de pyodémodécie
(photo G. Bourdoiseau, parasitologie ENVL)

Lésions de démodécie sèche généralisée associées à des lésions de pyodermite (superficielle ou profonde), avec notamment :
-des pustules folliculaires banales blanches (très riches en Demodex)
-un prurit intense
-des comédons
-des pustules ou bulles hémorragiques caractéristiques de couleur « aubergine » (mélange du contenu des sacs folliculaires, après leur rupture, avec du sang) ,ulcérations, caractéristiques de furonculose et de cellulite.
-un pus sanieux, des croûtes suite à la rupture des pustules « aubergine », des fistules
-une inflammation sévère et odeur nauséabonde de l’ensemble du revêtement cutané (rouge, chaud, douloureux, suintant)
Etat général très altéré : abattement, anorexie, cachexie, syndrome fébrile, troubles de l’équilibre hydro-électrique,  polyadénomégalie superficielle

Pronostic

Pronostic très réservé
Evolution vers l’aggravation sans traitement et la mort (phénomène septicémique)
Guérison difficile avec traitement, rechutes fréquentes

 

® Démdécie à Demodex cornei (découverte récente, peu de cas décrits)

Animaux préférentiellement atteints

Pas de prédispositions de race ou d’âge, adultes atteints de dysendocrinies

Clinique

Mêmes lésions que dans les formes classiques de démodécie à Demodex canis : érythème, alopécie, parfois surinfections bactériennes (probable association systématique des 2 espèces de Demodex dans les follicules pileux)
Squamosis important

 

® Démdécie à Demodex injai (découverte récente, peu de cas décrits)

Animaux préférentiellement atteints

Chiens adultes atteints de dysendocrinies, maladies auto-immunes ou ayant subi un traitement immunosuppresseur
Terriers prédisposés

Clinique

Demodex injai ne semble pas être associé à Demodex canis
Mêmes lésions que dans les formes classiques de démodécie à Demodex canis : érythème, alopécie, parfois surinfections bactériennes (mais à priori pas de présence simultanée des 2 espèces de Demodex sur un même chien)
Prurit
Séborrhée grasse importante de la région dorsale

 

puce Lésions histologiques

Folliculite murale associée à un infiltrat lichénoïde
Granulomes péri-folliculaires centrés sur des parasites libérés dans le derme
Lésions de furonculose et de cellulite

puce Diagnostic différentiel

® Démodécie localisée

Blépharites entraînant un épiphora et une alopécie péri-oculaire
Dermatophytoses faciales
Pyodermites faciales
Chéilite bactérienne ou allergique (dermatite atopique)
Adénite sébacée pyo-granulomateuse
Alopecia areata

® Démodécie sèche généralisée

Folliculites bactériennes
Derrmatophytoses
Endocrinopathies (syndrome de Cushing, hypothyroïdie)
Leishmaniose
Lupus cutané, pemphigus
Alopecia areata

® Pyodémodécie

Pyodermites
Kérions (teignes suppurées)
Gale sarcoptique
Dermatite atopique, allergies alimentaires
Pemphigus foliacé

® Pododémodécie

Dermatophytoses
Pyodermites localisées
Dermatite à rhabditidés
Dermatite à Ankylostomes
Dermatite atopique, allergies alimentaires
Dermatite de contact
Pododermatite à Malassezia
Trombiculose

® Otodémodécie

Otite à Malassezia sp.
Otite à corps étranger
Otacariose
Otite bactérienne
Toute affection prurigineuse des pavillons auriculaires : gale sarcoptique, atopie, dermatoses auto-immunes, trombiculose
Tumeur du conduit auditif

puce Diagnostic

® Suspicion épidémio-clinique

Chiot ou jeune adulte de race pure, à poils ras et peau séborrhéique
Chiens âgés atteints d’une pathologie sous-jacente
Lésions nummulaires alopéciques, érythémateuses, squameuses et souvent non prurigineuses, séborrhée, comédons, manchons pilaires, pustulles folliculaires, pustules couleur aubergine, …

® Diagnostic de confirmation

   Raclages cutanés «««

Examen complémentaire de choix pour la recherche de Demodex
Répétés, jusqu’à la rosée sanguine, en pressant la peau pour faire sortir les parasites des follicules pileux :
-sur les sites cutanés péri-lésionnels les plus récents, en évitant les lésions profondément remaniées et suppuratives
-en cas de pyodémodécie : racler les pustules blanches, beaucoup plus riches en Demodex que les pustules « aubergine »

Diagnostic de certitude si observation de formes évolutives (œufs, larves, nymphes) et/ou des parasites adultes en grand nombre
Renouveler les raclages si observation d’un ou deux adultes (acariens fréquemment présents dans les follicules pileux du chien sans être à l’origine de troubles cutanés)

Raclages parfois impossibles (chez certaines races comme le Shar pei par exemple, lorsque la peau a été très épaissie et remaniée, dans des zones difficiles d’accès comme les espaces interdigités, …). Dans ces cas, il fait avoir recours aux biopsies cutanées, en vue de réaliser un examen histopathologique

Pour rechercher la présence de formes courtes (Demodex cornei) on effectuera plutôt des raclages cutanés superficiels ou des calques cutanés réalisés avec un ruban de cellophane adhésive
 

   Biopsies cutanées ««

Visualisation des Demodex dans les follicules pileux (ou dans la couche cornée de l’épiderme pour les formes courtes) et/ou observation des lésions microscopiques associées à la maladie
 

   Ecouvillonnage auriculaire««

En cas de suspicion d’otodémodécie
 

   Trichogramme «

Observation fréquente de manchons pilaires, parfois d’œufs et de différents stades évolutifs
 

   Culture bactérienne et antibiogramme

A réaliser systématiquement lors de surinfections bactériennes (pyodémodécie)
 

puce Pronostic / évolution

Bon pronostic :
-lors de démodécie sèche localisée (guérison spontanée fréquente)
-lors de démodécie sèche généralisée récente ou d’otodémodécie sèche isolée, si un traitement adapté est mis en place rapidement et scrupuleusement respecté par le propriétaire

Meilleur pronostic chez le jeune que chez le chien âgé (fréquemment atteint d’une pathologie sous-jacente)

Pronostic réservé lors de pododémodécie, rechutes fréquentes même avec un traitement adapté

Pronostic mauvais lors de pyodémodécie, risque de mort par septicémie et/ou insuffisance rénale, guérison difficile même avec un traitement adapté
 

 

Dans tous les cas, le pronostic dépend aussi directement de l’implication du propriétaire et de sa motivation, car la démodécie est une maladie fréquemment difficile à guérir, qui nécessite des traitements très longs et onéreux.

Le suivi médical rapproché du chien traité est indispensable, car le risque de rechute est important.