Dermatologie parasitaire du chien

             
Accueil Index Diagnose Techniques Symptômes Lésions Bibliographie
             

 

Leishmania infantum

 

"leishmanies"

Eléments de taxonomie

Phylum des PROTOZOAIRES
Classe des FLAGELLES
Ordre des KINETOPLASTIDA
Famille des
TRYPANOSOMATIDES
 

 

Biologie du parasite

puce Habitat
 

Chez l'hôte (essentiellement l'homme et le chien) : parasite intracellulaire des cellules du système des phagocytes mononucléés (SPM) : macrophages, histiocytes, cellules de Küppfer, monocytes, …
Chez le vecteur (insectes psychodidés : phlébotomes) :évolution et multiplication dans le tube digestif

 
puce Reproduction
 


 

Maladie parasitaire

Æ leishmaniose viscerale ou leishmaniose generale du chien
Æ leishmaniose nodulaire

puce Epidémiologie

® Spécificité

Assez spécifique des canidés (chien, renard, loup) et de l’homme, exceptionnellement chez le chat
Certains rongeurs réservoirs de parasites (hamster, souris, rat noir)
Adaptation parfaite au vecteur : le phlébotome

® Répartition géographique

Quasi-cosmopolite
Trois foyers endémiques dans le pourtour méditerranéen, plus ou moins confluents :
-foyer Cévennes-Languedoc
-foyer Provence-Côte d’Azur jusqu’en Ardèche
-foyer Corse
Foyers sporadiques dans toute la France (circulation importante des chiens, vie et/ou séjours dans les zones à risque) et foyers d’extension à partir des foyers endémiques
Répartition en mosaïque (micro-foyers endémiques) déterminée par la présence de phlébotomes : régions peu ventées et abritées, conditions optimales de température, d’humidité, de végétation, présence d’hôtes nourriciers, faible altitude, …

® Caractère saisonnier

Infestation de l’organisme de la fin de l’été au début de l’automne (déterminé par la saison d’activité des phlébotomes)
Expression clinique de la maladie possible à n’importe quelle période de l’année (en raison d’une incubation longue et variable)

® Prévalence / incidence

 Très variable en fonction des régions, en augmentation ces dernières années

® Facteurs de réceptivité

Vie ou séjour dans un foyer endémique
Chiens d’extérieur plus exposés aux piqûres de phlébotomes (activité crépusculaire surtout)
Prédisposition génétique : sensibilité / résistance naturelle à l’infection

® Résistance dans le mileu extérieur

Aucune, mais résistance dans les phlébotomes pendant quelques mois (longévité des insectes)

® Modes de contamination

Transmission vectorielle par inoculation lors d’une piqûre par un phlébotome femelle (Phlebotomus perniciosus et Phlebotomus ariasi)
Modes de transmission accessoires : in utero, par voie génitale lors des saillies, lors d’une transfusion sanguine

® Contagiosité

Très exceptionnelle

® Caractère zoonosique

Infection opportuniste chez les enfants et adultes immunodéprimés :
-leishmaniose viscérale ou kala-azar méditerranéen
-leishmaniose cutanée bénigne
Contagion directe à partir du chien exceptionnelle (simple réservoir de leishmanies pour l’homme)

puce Pathogénie

-Inoculation de leishmanies dans la peau du chien lors du repas sanguin d’un phlébotome femelle, au niveau des zones glabres
-Prolifération des cellules du système des phagocytes mononucléés
-Invasion des organes du système des phagocytes mononucléés et de la moelle osseuse
-Formation d’immuns-complexes circulants et localisés dans les organes, réactions d’hypersensibilité de type III
-Sécrétion de T.N.F (Tumor Necrosing Factor) en grande quantité
-Phénomènes auto-immuns : sécrétions d’auto-anticorps (majoritairement des IgG)
-Dépression de la réponse immunitaire à médiation cellulaire

puce Symptômes

Durée d’incubation : quelques mois
Evolution lente et fatale

® Leishmaniose viscérale

Maladie protéiforme (différents symptômes plus ou moins associés à l’origine de tableaux cliniques assez variés)

   Symptômes généraux 

-hyperthermie, abattement, prostration, anorexie, amaigrissement, cachexie (en particulier amytrophie des muscles temporaux, à l’origine d’une « tête de vieux chien »)
-polyadénomégalie superficielle, splénomégalie parfois
-épistaxis parfois

   Symptômes cutanéo-muqueux

-dépilations et alopécie diffuse: pelage clairsemé sur les faces latérales du tronc et de la tête
-chancre d’inoculation, inconstant et transitoire (chanfrein, truffe, face interne des pavillons auriculaires) : lésion érythémateuse circulaire d’environ 1 cm de diamètre, puis apparition d’une papule, évolution vers une lésion ulcéro-croûteuse et enfin disparition complète
-hyperkératose du chanfrein, des coussinets et de la truffe
-onychogryphose (« ongles de fakir »)
-furfur leishmanien : nombreuses squames psoriasiformes argentées, disséminées ou localisées (région dorso-lombaire, extrémité des pavillons auriculaires)
-ulcères cutanés sur les zones de saillies osseuses, les espaces interdigités, le chanfrein et la truffe, d’où s’écoule un liquide séreux riche en leishmanies
-ulcères des muqueuses (buccale, nasale, gastro-intestinale) à l’origine d’hémorragies diverses
-plus rarement : dermatite pustuleuse (pustules non folliculaires) ou papuleuse, nodules cutanés et/ou sous cutanés
 


Lésions hyperkératosiqes de la face
(photo D. Pin, dermatologie ENVL)


Lésions ulcératives des oreilles, du chanfrein et de la truffe
(photo D. Pin, dermatologie ENVL)


Hyperkératose des coussinets
(photo D. Pin, dermatologie ENVL)

 

   Symptômes oculaires

Conjonctivite, kératite stromale, uvéite antérieure, choriorétinite

   Symptômes néphrologiques

Insuffisance rénale chronique

   Symptômes digestifs

Entérite hémorragique, colite chronique

   Symptômes locomoteurs

Polyarthrite bilatérale, synovites

   Formes atypiques exceptionnelles

-dermatite localisée
-troubles cardio-vasculaires
-troubles respiratoires
-troubles musculo-squelettiques et neurologiques

® Leishmaniose asymptomatique

Chez la moitié des chiens infectés

Trois évolutions possibles :
-expression clinique ultérieure de la maladie (chiens en période d’incubation)
-portage sain à vie
-guérison spontanée et élimination des parasites (chiens « résistants ») dans 10% des cas

® Leishmaniose nodulaire

Forme atypique et rare (environ 10% des cas de troubles cutanés dus à la leishmaniose), surtout observée chez les Boxers, Teckels à poils durs et Bullmastiffs)
Nodules cutanés et/ou sous-cutanés multiples (parfois en nombre limité), indolores, non adhérents et en général non prurigineux :
-sur la face (chanfrein, face interne des pavillons auriculaires) et les faces latérales du thorax et de l’abdomen
-de taille et d’aspect variables : papules de quelques millimètres à de volumineux nodules pseudo-tumoraux de plusieurs centimètres de diamètre
-n’induisant en général ni adénomégalie superficielle satellite ni dégradation de l’état général
Evolution lente, parfois signes de leishmaniose viscérale associés (forme classique) mais non systématiques

puce Diagnostic différentiel

® Leishmaniose viscérale

Démodécie
Lupus cutané, lupus érythémateux disséminé
Pemphigus foliacé
Pyodermites profondes
Lymphome
Ehrlichiose

® Leishmaniose nodulaire

Abcès
Néoplasies
Helminthoses cutanés et sous-cutanés (dirofilariose principalement)

puce Diagnostic

® Suspicion épidémio-clinique

Chien d’extérieur vivant ou ayant effectué un séjour dans un foyer endémique de leishmaniose
Altération de l’état général, cachexie, adénomégalies, troubles cutanés, épistaxis et toute combinaison de symptômes reflétant l’atteinte de divers appareils

® Diagnostic de confirmation

   Examens non spécifiques évocateurs

Bilan biochimique et hématologique

Anémie et/ou thrombocytopénie centrales, leucocytose puis leucopénie, monocytose
Augmentation des temps de coagulation et du temps de saignement
Urémie et créatininémie élevées, protéinurie, transaminases (Alat) augmentées

Electrophorèse des protéines plasmatiques

Hyperprotéinémie (> 60g/L) avec un bloc bêta-gamma caractéristique en « pain de sucre »
Diminution du rapport albumine/globulines

   Examens non spécifiques évocateurs

Quelle que soit la technique de recherche de leishmanies, le prélèvement de choix est la ponction de moelle osseuse

Observation directe du parasite intra-monocytaire «««

Quel que soit le type de prélèvement, un résultat positif permettra toujours un diagnostic de certitude. Dans le cas contraire, on ne peut pas écarter l’hypothèse de leishmaniose, la plupart de ces examens étant peu sensibles.



En cas de doute, on peut envoyer à un laboratoire spécialisé les prélèvements cutanés ou de nœuds lymphatiques en vue de la réalisation d’un marquage immuno-histochimique

PCR (réaction de polymérisation en chaîne) «

Sur ponction de moelle osseuse ou de nœud lymphatique, biopsie cutanée ou prélèvement sanguin
Méthode beaucoup plus sensible que l’observation microscopique et la sérologie
Technique de choix pour le diagnostic de la parasitémie : permet un diagnostic précoce (avant la séroconversion) avec une grande sensibilité, qui diminue ensuite
Réalisation délicate, obligatoirement effectuée par un laboratoire spécialisé, car technique très sensible aux contaminations extérieures

Culture en milieu NNN (Nicolle-Novy-Mc Neal) «««

A partir d’une ponction de moelle osseuse, d’une biopsie de rate ou de nœud lymphatique
Méthode intéressante pour confirmer le diagnostic mais délais de réalisation longs (une dizaine de jours)
Spécificité excellente
Sensibilité très variable en fonction des conditions de réalisation (ration entre la quantité ensemencée et le nombre de tubes utilisés, nombre et nature des sites de prélèvement)

Mise en évidence des anticorps anti-leishmanies (sérologie)««

Détection d’anticorps anti-leishmanies uniquement révélatrice d’un contact avec le protozoaire (simples marqueurs d’exposition)

Interprétation des résultats sérologiques extrêmement délicate et nécessitant la prise en compte :
-des éléments épidémio-cliniques (notamment la région dans laquelle vit le chien ou les différents lieux dans lesquels il a effectué des séjours)
-du seuil de positivité fixé par chaque laboratoire
-de la technique sérologique utilisée

Choix de la méthode sérologique dicté par le contexte épidémiologique :
-en zone endémique (prévalence élevée) : rechercher une grande sensibilité
-en zone de faible prévalence : rechercher une forte spécificité

Quelle que soit la technique utilisée, la sensibilité de la sérologie faible en début d’infection puis très élevée ensuite

-Méthodes quantitatives

?    Immunofluorescence indirecte «««
Méthode de référence pour le diagnostic de la leishmaniose
Méthode très sensible et très spécifique

?    ELISA «
Méthode aussi sensible que l’immunofluorescence indirecte mais de spécificité variable en fonction du laboratoire
Aucune réaction standardisée

?    Agglutination «
Méthode spécifique mais peu sensible

-Méthodes qualitatives «

?    Western Blot
Technique assez sensible et spécifique

?    Tests rapides (ELISA sur membrane ou immunochromatographie)
Peu fiables, pas d’études de validation avant la mise sur le marché, sensibilité et spécificités variables 

puce Pronostic / évolution

Pronostic toujours réservé même en cas de forme nodulaire seule
Evolution fatale sans traitement (cachexie, insuffisance rénale)
Pas de stérilisation de l’organisme même avec un traitement adapté, guérison momentanée et rechutes fréquentes

 

  1. AMARA A., JEMLI M.H., KILANI M., GHORBEL A., AOUINA M. Un cas de dermatite leishmanienne nodulaire chez un chien. Point Vet., 2000, 31(210), 58-60.
  1. BEAUFILS J.P. Diagnostic cytologique de la leishmaniose canine. Prat. Med. Chir. Anim. Comp., 2002, 37(2), 103-105.
  1. BIANCHI D. Leishmaniose canine : les tests rapides de diagnostic. Le Nouveau Praticien, 2002, (7), 71-72.
  1. BLAVIER A., KEROACK S., DENEROLLE P., GOY-THOLLOT I., CHABANNE L., CADORE J.L., BOURDOISEAU G. Atypical forms of canine leishmaniosis. Vet. J., 2001, 162(2), 108-120.
  1. CORNEGLIANI L., FONDEVILLA D., VERCELLI A., MANTERO G., FONDATI A. PCR technique detection of Leishmania spp. but not Mycobacterium spp. in canine cutaneous “sterile” pyogranuloma / granuloma syndrome. Vet. Dermatol., 2005, 16(4), 233-238.
  1. DENEROLLE P. La leishmaniose : données actuelles en France. Point Vet., 2003, 34(236), 46-48.
  1. DESJEUX P. Santé publique : l’urbanisation des leishmanioses humaines. L’action vétérinaire, 2002, (édition spéciale : leishmaniose), 15-16.
  1. FERRER L. Pathologie : la leishmaniose canine. L’action vétérinaire, 2002, (édition spéciale : leishmaniose), 4-5.
  1. FERRER L., RABANAL R., FONDEVILA D., RAMOS J.A., DOMINGO M. Skin lesions in canine leishmaniasis. J. Small Anim. Pract., 1988, 29, 381-388.
  1. FERRER L., FONDEVILLA D., MARCO A., PUMAROLA M. Atypical nodular leishmaniasis in two dogs. Vet. Rec., 1990, 126(4), 90.
  1. GRADONI L. Diagnostic : les nouvelles techniques. L’action vétérinaire, 2002, (édition spéciale : leishmaniose), 6-9.
  1. IBISCH C. Leishmaniose ulcérative et pustuleuse chez un chien. Le Nouveau Praticien, 2002, (9), 35-39.
  1. IKONOMOPOULOS J., KOKOTAS S., GAZOULI M., ZAVRAS A., STOITSIOU M., GORGOULIS V.G. Molecular diagnosis of leishmaniosis in dogs. Comparative application of traditionnal diagnostic methods and the proposed assay on clinical samples. Vet. Parasitol., 2003, 113(2), 99-113.
  1. KILLICK-KENDRICK R. Cycle leishmanien : transmission du vecteur au chien. L’action vétérinaire, 2002, (édition spéciale : leishmaniose), 2-3.
  1. MANNA L., VITALE F., REALE S., CARACAPPA S., PAVONE L.M., MORTE R.D., CRINGOLI G., STAIANO N., GRAVINO A.E. Comparison of different tissue sampling for PCR-based diagnosis and follow-up of canine visceral leishmaniosis. Vet. Parasitol., 2004, 125(3-4), 251-262.
  1. MÜLLER N., ZIMMERMANN V., FORSTER U., BIENZ M., GOTTSTEIN B., WELLE M. PCR-based detection of canine Leishmania infections in formalin-fixed and paraffin-embedded skin biopsies : elaboration of a protocol for quality assessment of the diagnostic amplification reaction. Vet. Parasitol., 2003, 114(3), 223-229.
  1. ORDEIX L., SOLANO-GALLEGO L., FONDEVILLA D., FERRER L., FONDATI A. Papular dermatitis due to Leishmania spp. infection in dogs with parasit-specific cellular immune responses. Vet. Dermatol., 2005, 16(3), 187-191.
  1. PAPIEROK G.M. Diagnostic biologique de la leishmaniose canine et perspectives. Le Nouveau Praticien, 2002, (7), 65-68.
  1. PRATS N., FERRER L. A possible mechanism in the pathogenesis of cutaneous lesions in canine leishmaniasis. Vet. Rec., 1995, 137(4), 103-104.
  1. PRELAUD P. Sérologie Leishmaniose. Prat. Med. Chir. Anim. Comp., 2001, 36(4), 371-372.
  1. ROURA X., SANCHEZ A., FERRER L. Diagnosis of canine leishmaniasis by a polymerase chain reaction technique. Vet. Rec., 1999, 144(10), 262-264.