La parésie ou paralysie d’apparition brutale est un motif de consultation relativement fréquent en cardiologie chez le chat. Elle est due à une neuromyopathie ischémique secondaire à une thrombo-embolie artérielle, localisée à la trifurcation aortique dans 90% des cas. Les thrombo-embolies artérielles ont une incidence de 1 sur 175 chats admis en centre de cas référés en cardiologie (6).
On observe une parésie ou une paralysie d’apparition brutale, qui peut concerner un ou les 2 membres postérieurs, ou bien un membre antérieur. Plus fréquemment, les deux postérieurs sont atteints. Une douleur intense (s’exprimant par des vocalises, de l’agitation, une tachypnée, une respiration gueule ouverte) est souvent présente. Lors d’une atteinte des 2 membres postérieurs, on aura également une paralysie flasque de la queue ainsi qu’une incontinence urinaire et fécale.
L’anamnèse fait état d’une paralysie d’apparition brutale, sans
traumatisme rapporté. Cependant, chez un chat qui sort, il est
difficile de savoir s’il y a eu traumatisme ou non. Un cri peut être
associé à l’apparition des symptômes.
Le rapport d’épisodes similaires de paralysie, de résolution spontanée,
peuvent orienter vers une récidive de thrombo-embolie artérielle.
Les signes cliniques regroupent les symptômes spécifiques associés à la
thrombo-embolie, à l’état de choc et à la cardiopathie
sous-jacente.
La plupart des chats atteints de thrombo-embolie artérielle montrent des
signes de choc : l'intensité du pouls fémoral peut donc être diminué, indépendant de la thrombo-embolie.
Une hypothermie est présente dans 35 à 77% des cas, soit du fait de
l'état de choc, soit du fait de l'hypoperfusion anale lors de
thrombo-embolie aortique.
Une tachypnée et une respiration gueule ouverte sont
fréquemment présentes. Il faudra alors différencier s'il s'agit d'une
manifestation
de douleur ou d’insuffisance cardiaque congestive. Des râles
crépitants, une atténuation des bruits cardiaques et pulmonaires seront
recherchés à l’auscultation thoracique.
La présence d’anomalies auscultatoires cardiaques (souffle, bruit de galop, dysrythmies) sera en faveur d’une
origine cardiaque de la paralysie mais l’absence de ces anomalies à
l’auscultation cardiaque ne permettra pas pour autant de l’exclure.
On note une parésie ou une paralysie flasque, sur les 2 membres
postérieurs ou sur un seul membre, antérieur ou postérieur, avec
diminution ou absence de
réflexes médullaires, de la proprioception et de la sensibilité
douloureuse profonde : c’est une lésion de type motoneurone
périphérique.
Cependant, la sévérité des symptômes est en relation avec le degré
d’obstruction : on n’observe parfois que des déficits neurologiques
modérés associés à une boiterie.
Lorsque la lésion concerne les 2 membres postérieurs, on aura également
une paralysie flasque de la queue et un réflexe périnéal diminué ou
absent.
Il faut rechercher, sur le membre atteint, les 5 anomalies qui
caractérisent une thrombo-embolie artérielle. Elles sont regroupés sous
le nom de « la Règle des 5P », la lettre P correspondant, en anglais, à
la première lettre des chacune des anomalies :
| Monoparésie/plégie antérieure | ||
| Lésion neurologique | Lésion vasculaire | |
| Lésion
du
plexus brachial, du nerf radial, musculo-cutané ou axillaire |
Lésion latéralisée du segment médullaire C6-T2 | Lésion de l’artère brachiale |
| Traumatisme,
embolie
fibrocartilagineuse (rare chez le chat), néoplasie (avec parésie ou
paralysie de type motoneurone centrale sur le postérieur ispilatéral le
plus souvent) |
Thrombo-embolie
artérielle ou embole d'une autre nature (tumorale,...) |
|
| Monoparésie/plégie postérieure | ||
| Lésion neurologique | Lésion vasculaire | |
| Lésion
du
plexus lombo-sacré, du nerf fémoral ou du nerf sciatique |
Lésion latéralisée du segment médullaire L4-S2 | Lésion de l’artère iliaque externe ou de l’artère fémorale |
| Traumatisme,
embolie
fibrocartilagineuse (rare chez le chat), néoplasie |
Thrombo-embolie
artérielle ou embole d'une autre nature (tumorale,...) |
|
| Paraparésie/plégie postérieure | |
| Lésion neurologique | Lésion vasculaire |
| Lésion bilatérale du segment médullaire L4-S2 | Lésion de l’aorte terminale |
| Traumatisme,
embolie
fibrocartilagineuse (rare chez le chat), néoplasie |
Thrombo-embolie
artérielle ou embole d'une autre nature (tumorale, ...) |
Ils ne seront réalisés qu’une fois l’animal stabilisé, c’est-à-dire quand la douleur, l’état de choc et l’éventuelle insuffisance cardiaque congestive auront été pris en charge.
Si des anomalies sont présentes à l’auscultation thoracique ou si l’animal est dyspnéique, la radiographie sera réalisée en premier intention pour objectiver une éventuelle insuffisance cardiaque congestive, une fois l’état général de l'animal stabilisé.
Le traitement s’effectue en trois étapes :
La thrombo-embolie artérielle est une affection très douloureuse, notamment dans les 24 à 36 premières heures. Il convient de prendre en charge le stress et la douleur de l'animal, car ils sont susceptibles de précipiter la décompensation d’une cardiopathie sous-jacente, fréquemment présente chez ces animaux.
40 à 66% des chats, selon les auteurs, présentent des signes
d’insuffisance cardiaque congestive lors d’un épisode de
thrombo-embolie artérielle.
L’emploi d’un diurétique à action rapide, peut être salvateur en
présence d’insuffisance cardiaque congestive, mais il est
contre-indiqué dans le cas contraire car il participe à l’entretien
d’un état de choc hypovolémique. Des signes cliniques et
radiographiques d’œdème aigu du poumon ou d’épanchement pleural doivent
être recherchés avant la mise en place d’un traitement à base de
furosémide.
Le plus fréquemment, le pouls redevient palpable après 1 à 2
semaines. La récupération fonctionnelle survient entre 6 semaines et 6
mois, et ce, à des degrés divers. Une faible proportion de chats
retrouve leur état normal, mais la plupart retrouvent une fonction
ambulatoire, bien que des séquelles subsistent. Certains chats ne
guérissent pas et présentent une nécrose puis une gangrène de
l’extrémité
de la patte.
Le taux de récidives est d’environ 50% malgré la mise en
place d’un traitement préventif.
Le pronostic vital est réservé à mauvais. Il est assombri par l’état de choc et l’insuffisance cardiaque congestive associée.
Oblitération brutale, partielle ou totale, d’une artère par un thrombus.
Les facteurs de risque pour le développement de
thrombo-embolies artérielles sont les suivants :
Deux étapes se succèdent dans la pathogénie de la
thrombo-embolie
artérielle : la formation du thrombus et l’embolisation de ce
dernier dans le courant circulatoire.